Les domaines de travail > Le noma

 


LA TÊTE dévorée, sanglante, bouleversée, hors d’elle-même, mâchoires soudées, l’œil entamé souvent, en brousse ou au village, non recherchés — donc non trouvés — sans moyens puisqu’ils n’ont rien, et sans droits puisque leurs parents, pauvres, ignorent que les pauvres ont des droits, tels sont, ainsi décrits à peine, les enfants atteints de noma.

Ce que l’on sait, c’est que discerné à temps, chez ces enfants très jeunes encore, le noma guérirait dans sa première semaine. Mais personne ne sachant rien, et les ministres de la santé n’informant ni leurs dispositifs médico-sociaux (des hôpitaux majeurs aux dispensaires ou agents de santé les plus humbles), ni les populations, ce mal est foudroyant. Sans pourtant foudroyer ses victimes, enfants au visage éclaté de souffrance. A nous d’en porter la honte. Qui ne faisons rien, ou si peu.

Sur place, dans le pays des enfants, actuellement presque rien n’est possible qui soit digne d’eux. Alors, c’est ici que l’on fait. Mais c’est très cher. Avec le "choix" habituel: la mort, l’horreur, ou la vie enfantine un peu ressuscitée, telle que la veulent ces enfants joueurs qui ne veulent pas mourir, mais vivre.

Comme au temps du napalm, les bonnes âmes:

— Ils seraient mieux morts.
Ils sont vivants, rient avec ce qui reste, et jouent.


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